Un chant de noel (4/12)

Publié le 25 Novembre 2006

Résumé : Scrooge qui déteste noel et qui ne pense qu'à lieu recoit la visite du spectre de Marley, son ancien associé. Celui-ci lui apprend que Scrooge va recevoir la visite de trois esprits qui vont tenter de le remettre dans le droit chemin.

4ème Partie

Le fantome de noel passé

Quand Scrooge s’éveilla, il faisait si noir, que, regardant de son lit, il pouvait à peine distinguer la fenêtre transparente des murs opaques de sa chambre. Il s’efforçait de percer l’obscurité avec ses yeux de furet, lorsque l’horloge d’une église voisine sonna les quatre quarts. Scrooge écouta pour savoir l’heure. À son grand étonnement, la lourde cloche alla de six à sept, puis de sept à huit, et ainsi régulièrement jusqu’à douze ; alors elle s’arrêta. Minuit ! Il était deux heures passées quand il s’était couché. L’horloge allait donc mal ? Un glaçon devait s’être introduit dans les rouages. Minuit ! Scrooge toucha le ressort de sa montre à répétition, pour corriger l’erreur de cette horloge qui allait tout de travers. Le petit pouls rapide de la montre battit douze fois et s’arrêta.

« Comment ! il n’est pas possible, dit Scrooge, que j’aie dormi tout un jour et une partie d’une seconde nuit. Il n’est pas possible qu’il soit arrivé quelque chose au soleil et qu’il soit minuit à midi ! »

Cette idée étant de nature à l’inquiéter, il sauta à bas de son lit et marcha à tâtons vers la fenêtre. Il fut obligé d’essuyer les vitres gelées avec la manche de sa robe de chambre avant de pouvoir bien voir, et encore il ne put pas voir grand chose. Tout ce qu’il put distinguer, c’est que le brouillard était toujours très épais, qu’il faisait extrêmement froid, qu’on n’entendait pas dehors les gens aller et venir et faire grand bruit, comme cela au rait indubitablement eu lieu si le jour avait chassé la nuit et prit possession du monde. Ce lui fut un grand soulagement ; car, sans cela que seraient devenues ses lettres de change : « à trois jours de vue, payez à M. Ebenezer Scrooge ou à son ordre », et ainsi de suite ? de pures hypothèques sur les brouillards de l’Hudson.

Scrooge reprit le chemin de son lit et se mit à penser, à repenser, à penser encore à tout cela, toujours et toujours et toujours, sans rien y comprendre. Plus il pensait, plus il était embarrassé ; et plus il s’efforçait de ne pas penser, plus il pensait. Le spectre de Marley le troublait excessivement. Chaque fois qu’après un mûr examen il décidait, au-dedans de lui-même, que tout cela était un songe, son esprit, comme un ressort qui cesse d’être comprimé, retournait en hâte à sa première position et lui présentait le même problème à résoudre : « était-ce ou n’était-ce pas un songe ? »

Scrooge demeura dans cet état jusqu’à ce que le carillon eût sonné trois quarts d’heure de plus ; alors il se souvint tout à coup que le spectre l’avait prévenu d’une visite quand le timbre sonnerait une heure. Il résolut de se tenir éveillé jusqu’à ce que l’heure fût passée, et considérant qu’il ne lui était pas plus possible de s’endormir que d’avaler la lune, c’était peut-être la résolution la plus sage qui fût en son pouvoir. Ce quart d’heure lui parut si long, qu’il crut plus d’une fois s’être assoupi sans s’en apercevoir, et n’avoir pas entendu sonner l’heure. L’horloge à la fin frappa son oreille attentive.

« Ding, dong !

– Un quart, dit Scrooge comptant.

– Ding, dong !

– La demie ! dit Scrooge.

– Ding, dong !

– Les trois quarts, dit Scrooge.

– Ding, dong !

– L’heure, l’heure ! s’écria Scrooge triomphant, et rien autre ! »

Il parlait avant que le timbre de l’horloge eût retenti ; mais au moment où celui-ci eût fait entendre un coup profond, lugubre, sourd, mélancolique, une vive lueur brilla aussitôt dans la chambre et les rideaux de son lit furent tirés.

Les rideaux de son lit furent tirés, vous dis-je, de côté, par une main invisible ; non pas les rideaux qui tombaient à ses pieds ou derrière sa tête, mais ceux vers lesquels son visage était tourné. Les rideaux de son lit furent tirés, et Scrooge, se dressant dans l’attitude d’une personne à demi couchée, se trouva face à face avec le visiteur surnaturel qui les tirait, aussi près de lui que je le suis maintenant de vous, et notez que je me tiens debout, en esprit, à votre coude.

C’était une étrange figure… celle d’un enfant ; et, néanmoins, pas aussi semblable à un enfant qu’à un vieillard vu au travers de quelque milieu surnaturel, qui lui donnait l’air de s’être éloigné à distance et d’avoir diminué jusqu’aux proportions d’un enfant. Ses cheveux, qui flottaient autour de son cou et tombaient sur son dos, étaient blancs comme si c’eût été l’effet de l’âge ; et, cependant son visage n’avait pas une ride, sa peau brillait de l’incarnat le plus délicat. Les bras étaient très longs et musculeux ; les mains de même, comme s’il eût possédé une force peu commune. Ses jambes et ses pieds, très délicatement formés, étaient nus, comme les membres supérieurs. Il portait une tunique du blanc le plus pur, et autour de sa taille était serrée une ceinture lumineuse, qui brillait d’un vif éclat. Il tenait à la main une branche verte de houx fraîchement coupée ; et, par un singulier contraste avec cet emblème de l’hiver, il avait ses vêtements garnis des fleurs de l’été. Mais la chose la plus étrange qui fût en lui, c’est que du sommet de sa tête jaillissait un brillant jet de lumière, à l’aide duquel toutes ces choses étaient visibles, et d’où venait, sans doute, que dans ses moments de tristesse, il se servait en guise de chapeau d’un grand éteignoir, qu’il tenait présentement sous son bras.

Ce n’était point là cependant, en regardant de plus près, son attribut le plus étrange aux yeux de Scrooge. Car, comme sa ceinture brillait et reluisait tantôt sur un point, tantôt sur un autre, ce qui était clair un moment devenait obscur l’instant d’après ; l’ensemble de sa personne subissait aussi ces fluctuations et se montrait en conséquence sous des aspects divers. Tantôt c’était un être avec un seul bras, une seule jambe ou bien vingt jambes, tantôt deux jambes sans tête, tantôt une tête sans corps ; les membres qui disparaissaient à la vue ne laissaient pas apercevoir un seul contour dans l’obscurité épaisse au milieu de laquelle ils s’évanouissaient. Puis, par un prodige singulier, il redevenait lui-même, aussi distinct et aussi visible que jamais.

« Monsieur, demanda Scrooge, êtes-vous l’esprit dont la venue m’a été prédite ?

– Je le suis. »

La voix était douce et agréable, singulièrement basse, comme si, au lieu d’être si près de lui, il se fût trouvé dans l’éloignement.

« Qui êtes-vous donc ? demanda Scrooge.

– Je suis l’esprit de Noël passé.

– Passé depuis longtemps ? demanda Scrooge, remarquant la stature du nain.

– Non, votre dernier Noël. »

Peut-être Scrooge n’aurait pu dire pourquoi, si on le lui avait demandé, mais il éprouvait un désir tout particulier de voir l’esprit coiffé de son chapeau, et il le pria de se couvrir.

« Eh quoi ! s’écria le spectre, voudriez-vous sitôt éteindre avec des mains mondaines la lumière que je donne ? N’est-ce pas assez que vous soyez un de ceux dont les passions égoïstes m’ont fait ce chapeau et me forcent à le porter à travers les siècles enfoncé sur mon front ! »

Scrooge nia respectueusement qu’il eût l’intention de l’offenser, et protesta qu’à aucune époque de sa vie il n’avait volontairement « coiffé » l’esprit. Puis il osa lui demander quelle besogne l’amenait.

« Votre bonheur ! » dit le fantôme.

Scrooge se déclara fort reconnaissant, mais il ne put s’empêcher de penser qu’une nuit de repos non interrompu aurait contribué davantage à atteindre ce but. Il fallait que l’esprit l’eût entendu penser, car il dit immédiatement :

« Votre conversion, alors… Prenez garde ! »

Tout en parlant, il étendit sa forte main, et le saisit doucement par le bras.

« Levez-vous ! et marchez avec moi ! »

C’eût été en vain que Scrooge aurait allégué que le temps et l’heure n’étaient pas propices pour une promenade à pied ; que son lit était chaud et le thermomètre bien au-dessous de glace ; qu’il était légèrement vêtu, n’ayant que ses pantoufles, sa robe de chambre et son bonnet de nuit ; et qu’en même temps il avait à ménager son rhume. Pas moyen de résister à cette étreinte, quoique aussi douce que celle d’une main de femme. Il se leva ; mais, s’apercevant que l’esprit se dirigeait vers la fenêtre, il saisit sa robe dans une attitude suppliante.

« Je ne suis qu’un mortel, lui représenta Scrooge, et par conséquent je pourrais bien tomber.

– Permettez seulement que ma main vous touche là, dit l’esprit mettant sa main sur le coeur de Scrooge, et vous serez soutenu dans bien d’autres épreuves encore. »

Comme il prononçait ces paroles, ils passèrent à travers la muraille et se trouvèrent sur une route en rase campagne, avec des champs de chaque côté. La ville avait entièrement disparu : on ne pouvait plus en voir de vestige. L’obscurité et le brouillard s’étaient évanouis en même temps, car c’était un jour d’hiver, brillant de clarté, et la neige couvrait la terre.

« Bon Dieu ! dit Scrooge en joignant les mains tandis qu’il promenait ses regards autour de lui. C’est en ce lieu que j’ai été élevé ; c’est ici que j’ai passé mon enfance ! »

L’esprit le regarda avec bonté. Son doux attouchement, quoiqu’il eût été léger et n’eût duré qu’un instant, avait réveillé la sensibilité du vieillard. Il avait la conscience d’une foule d’odeurs flottant dans l’air, dont chacune était associée avec un millier de pensées, d’espérances, de joies et de préoccupations oubliées depuis longtemps, bien longtemps !

« Votre lèvre tremble, dit le fantôme. Et qu’est-ce que vous avez donc là sur la joue ?

– Rien, dit Scrooge tout bas, d’une voix singulièrement émue ; ce n’est pas la peur qui me creuse les joues ; ce n’est rien, c’est seulement une fossette que j’ai là. Menez-moi, je vous prie, où vous voulez.

– Vous vous rappelez le chemin ? demanda l’esprit.

– Me le rappeler ! s’écria Scrooge avec chaleur… Je pourrais m’y retrouver les yeux bandés.

– Il est bien étrange alors que vous l’ayez oublié depuis tant d’années ! observa le fantôme. Avançons. »

Ils marchèrent le long de la route, Scrooge reconnaissant chaque porte ; chaque poteau, chaque arbre, jusqu’au moment où un petit bourg apparut dans le lointain, avec son pont, son église et sa rivière au cours sinueux. Quelques poneys aux longs crins se montrèrent en ce moment trottant vers eux, montés par, des enfants qui appelaient d’autres enfants juchés dans des carrioles rustiques et des charrettes que conduisaient des fermiers. Tous ces enfants étaient très animés, et échangeaient ensemble mille cris variés, jusqu’à ce que les vastes campagnes furent si remplies de cette musique joyeuse, que l’air mis en vibration riait de l’entendre.

« Ce ne sont là que les ombres des choses qui ont été, dit le spectre. Elles ne se doutent pas de notre présence. »

Les gais voyageurs avancèrent vers eux ; et, à mesure qu’ils venaient, Scrooge les reconnaissait et appelait chacun d’eux par son nom. Pourquoi était-il réjoui, plus qu’on ne peut dire, de les voir ? pourquoi son oeil, ordinairement sans expression, s’illuminait-il ? pourquoi son coeur bondissait-il à mesure qu’ils passaient ? Pourquoi fut-il rempli de bonheur quand il les entendit se souhaiter l’un à l’autre un gai Noël, en se séparant aux carrefours et aux chemins de traverse qui devaient les ramener

chacun à son logis ? Qu’était un gai Noël pour Scrooge ? Foin du gai Noël ! Quel bien lui avait-il jamais fait ?

« L’école n’est pas encore tout à fait déserte, dit le fantôme. Il y reste encore un enfant solitaire, oublié par ses amis. »

Scrooge dit qu’il le reconnaissait, et il soupira. Ils quittèrent la grande route pour s’engager dans un chemin creux parfaitement connu de Scrooge, et s’approchèrent bientôt d’une construction en briques d’un rouge sombre, avec un petit dôme surmonté d’une girouette ; sous le toit une cloche était suspendue. C’était une maison vaste, mais qui témoignait des vicissitudes de la fortune ; car on se servait peu de ses spacieuses dépendances ; les murs étaient humides et couverts de mousse, leurs fenêtres brisées et les portes délabrées. Des poules gloussaient et se pavanaient dans les écuries ; les remises et les hangars étaient envahis par l’herbe. À l’intérieur, elle n’avait pas gardé plus de restes de son ancien état ; car, en entrant dans le sombre vestibule, et, en jetant un regard à travers les portes ouvertes de plusieurs pièces, ils les trouvèrent pauvrement meublées, froides et solitaires ; il y avait dans l’air une odeur de renfermé; tout, en ce lieu, respirait un dénuement glacial qui donnait à penser que ses habitants se levaient souvent avant le jour pour travailler, et n’avaient pas trop de quoi manger.

Ils allèrent, l’esprit et Scrooge, à travers le vestibule, à une porte située sur le derrière de la maison. Elle s’ouvrit devant eux, et laissa voir une longue salle triste et déserte, que rendaient plus déserte encore des rangées de bancs et de pupitres en simple sapin. À l’un de ces pupitres, près d’un faible feu, lisait un enfant demeuré tout seul ; Scrooge s’assit sur un banc etpleura en se reconnaissant lui-même, oublié, délaissé comme il avait coutume de l’être alors.

A suivre...

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Rédigé par Geotoine

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