III nuit
Publié le 11 Novembre 2006
La nuit suivante, Dinarzade fit à sa soeur la même prière que
les deux précédentes : « Ma chère soeur, lui dit-elle, si vous ne
dormez pas, je vous supplie de me raconter un de ces contes
agréables que vous savez. » Mais le sultan dit qu’il voulait entendre
la suite de celui du marchand et du génie : c’est pourquoi
Scheherazade le reprit ainsi :
Sire, dans le temps que le marchand et le vieillard qui
conduisait la biche s’entretenaient, il arriva un autre vieillard,
suivi de deux chiens noirs. Il s’avança jusqu’à eux, et les salua,
en leur demandant ce qu’ils faisaient en cet endroit. Le vieillard
qui conduisait la biche lui apprit l’aventure du marchand et du
génie, ce qui s’était passé entre eux, et le serment du marchand.
Il ajouta que ce jour était celui de la parole donnée, et qu’il était
résolu de demeurer là pour voir ce qui en arriverait.
Le second vieillard, trouvant aussi la chose digne de sa
curiosité, prit la même résolution. Il s’assit auprès des autres ;
et à peine se fut-il mêlé à leur conversation, qu’il survint un
troisième vieillard, qui, s’adressant aux deux premiers, leur demanda
pourquoi le marchand qui était avec eux paraissait si
triste. On lui en dit le sujet, qui lui parut si extraordinaire, qu’il
souhaita aussi d’être témoin de ce qui se passerait entre le génie
et le marchand : pour cet effet, il se plaça parmi les autres.
Ils aperçurent bientôt dans la campagne une vapeur épaisse,
comme un tourbillon de poussière élevé par le vent ; cette vapeur
s’avança jusqu’à eux, et, se dissipant tout à coup, leur laissa
voir le génie, qui, sans les saluer, s’approcha du marchand le
sabre à la main, et le prenant par le bras : « Lève-toi, lui dit-il,
que je te tue, comme tu as tué mon fils. » Le marchand et les
trois vieillards, effrayés, se mirent à pleurer et à remplir l’air de
cris……
Scheherazade, en cet endroit apercevant le jour, cessa de
poursuivre son conte, qui avait si bien piqué la curiosité du sultan,
que ce prince, voulant absolument en savoir la fin, remit
encore au lendemain la mort de la sultane.
On ne peut exprimer quelle fut la joie du grand vizir, lorsqu’il
vit que le sultan ne lui ordonnait pas de faire mourir Scheherazade.
Sa famille, la cour, tout le monde en fut généralement
étonné.
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